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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 14:18

Le Kabuki est la forme épique du théâtre japonais traditionnel, il débute pendant la période Edo au XVII eme siècle. Il est centré sur un jeu d’acteurs, spectaculaire et codifié. Il se distingue par le maquillage élaboré des acteurs, par l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce.

Son origine remonte aux spectacles religieux d’une prêtresse Okuni, en 1603. Au cours de ses spectacles une séquence la présentait habillée en homme entrain de prendre du bon temps dans un quartier de plaisir. Rapidement stoppé, et devait renaitre par un  spectacle donné par des prostituées dans le lit asséché des rivières, ce kabuki devient rapidement populaire, les prostituées étaient mises en valeur, elles donnaient un caractère sexuellement suggestif aux danses. Les représentations prirent fin avec la restriction du shogunat Tokugawa en 1629.

En 1653, on assiste au début du kabuki masculin  avec le Yaro kabuki , subit sous l’influence du Kyogen (théâtre comique lié au théâtre Nô, apprécié du shogunat). Le  changement de style est radical en direction d’une  sophistication et de la stylisation du jeu. Les hommes se spécialisent dans les rôles féminins. Appelés Onnagatas ou Oyama, ces acteurs doivent exprimer  la féminité aussi bien ou mieux que les femmes.

A cette époque deux styles de jeux importants firent leurs apparitions créées par sakata Tojuro dans le Kansai

Le style rude Aragoto,  se caractérise par un jeu outré, où les acteurs accentuent leur prononciation des mots  et leur gestuelle (costumes et maquillage exagéré).

Le style souple Wagoto, le jeu d’acteur a un phrasé plus réaliste, et plus adapté à des pièces tournant pour l’essentiel autour d’une romance tragique.

Ce spectacle peut durer une journée entière, au début, il était joué en plein air, les costumes étaient extravagants, il fallait qu’ils se voient de loin, les motifs identifiables et plus grands, plus colorés et somptueux. Sur la scène, peu d’éléments, les costumes servent de décor.

Les motifs correspondent à des rôles spécifiques, et la gestuelle à des poses spécifiques.

Les scènes   pivotantes  permettent un changement de décor rapide.

 

1673-1735, période Genroku, cette ère fut la véritable constitution du Kabuki. Ce processus de formalisation des pièces, du jeu et des rôles est indissociable de celui de Ningyo Joruri, théâtre de marionnettes, futur bunraku. D’ailleurs une partie du répertoire traditionnel de Kabuki est formé de pièces écrites à l’origine pour le bunraku (théâtre du XVII eme siècle, ce sont des marionnettes de grandes tailles manipulées à vue, originaire de la région d’Osaka), interprété par un seul acteur , il chante tous les rôles,et est accompagné de trois manipulateurs pour les marionnettes.

La Kabuki revient surtout après l’ère Meiji (1868-1912) , en réaction à la culture venue d’Occident. De nouvelles histoires apparaissent, faits divers, adaptation de romans feuilletons. Les acteurs tentent de redresser l’image de ce théâtre dans l’esprit des nouvelles classes dirigeantes, cela avec succès, car en 1887 une représentation fut jouée devant l’Empereur.

kabuki estampe

Avec la seconde guerre mondiale, de nombreux théâtres furent détruits,les représentations furent interdites dès le début de l’occupation, cette interdiction fut levée en 1947.

Le kabuki aujourd’hui reste le plus populaire des styles de théâtre japonais traditionnel.

Le mot kabuki signifie : KA  = chant, BU = danse, KI = sur scène

Il se divise en trois parties :

Le Jidai mono (pièces historiques)

Le sewa mono (pièces du quotidien)

Le shosagoto  (morceaux de danse).

Théâtre populaire, vrai divertissement relatant les drames de la vie quotidienne, il réinterprète des grands récits classiques du dit Genji, roman du XI eme attribué à Murasaki shikibu, l’intrigue du livre se déroule pendant  l’époque du  Heian (794-1185), période considérée comme l’apogée de la cour impériale japonaise. Certains costumes représentent les costumes de cour de l’époque.


 

Cette magnifique  exposition présente des pièces emblématiques  du kabuki, ainsi que les

costumes utilisés pour les scènes dansées et les costumes présentant quelques particularités.

Le Kabuki inspira de nombreux genres artistiques, comme en témoigne un paravent exposé, il représente une scène jouée par de jeunes hommes Wakashû Kabuki qui nous plonge dans l’effervescence d’une représentation théâtrale donnée en plein air. L’univers du théâtre Kabuki a été dès les origines lié à Ukiyo-E (qui veut dire image du monde flottant).


Les acteurs de la fin du XVII eme siècle devinrent les thèmes principaux des estampes, quelques unes sont présentées.

L’acteur Ichikawa Danjûrô dans le rôle de Kmakura Gongoro Kagemasa, dans la pièce

 Shibaraku Kiyonobu II Torli (1706-1763), impressions en noir et blanc avec applications de couleurs (sumizuri-e) vers 1770

kabuki estampe djanduro kagemasse

Afin de faire connaître le spectacle, les directeurs de théâtre commandaient des affiches des programmes, des affiches des comédiens, représentés en buste ou sur scène.

kabuki 4

Très important car aujourd’hui cela permet de saisir une attitude un geste un moment privilégié du spectacle et de mieux comprendre l’usage des costumes destinés aux différents rôles. Ces costumes pouvaient être utilisés pendant des générations.

 

Quelques estampes d’acteurs  sont présentées :

Shunsho   Katsukawa (1726-93), ci-dessous.


kabuki shunsho

Buncho Ippitsusai (1765-92), 1770, impression polychrome sur papier nishiki-e

Présentation des écrits de Sugarawa (érudit) 1746

Lettre d’amour du quartier des plaisirs 1808

La pierre tranchée par Kajiwara 1730   

 

Les costumes  :

Mikarawi Zazen 1910

Kimono (kitsuke) à décor de fleurs, du personnage de Tamanoi, dans la pièce Magawari Zazen (le remplaçant du Zazen), japon 1980, satin et taffetas de soie damassée, fils d’or et broderies.


 Kimono de jeunes femmes à  manches longues (furisode) décor feuilles et fleurs de glycines du personnage de Fuji Musume (la jeune fille aux glycines), daté  1960 en crêpe et taffetas de soie, fils d’or et broderies.

kabuki glycines

Kyoganoko Musune Dojoji , (la jeune fille du temple Dôjô) , costume en deux parties, à décor de fleurs de cerisiers, du personnage de Shirabyoshi-Hanako, dans la pièce Kyoganoko satin et taffetas de soie damassé teint et brodé, fils d’argent. Japon 1980

 

Costume de cérémonie féminin (uchikake) à décor de motifs du nouvel an japonais

(kadomatsu " pin du seuil " et shimekazari "corde décorative " du personnage de Miuraya Agemaki, dans la pièce Sukeroku Yukari no Edo Zakura (Sukeroku et les cerisiers d’Edo).Japon, années 1970, satin de soie brodé et fils d’or.


Manteau court (haori) et kimono (kitsuke)bleu à décor de poulpe et de coquillages du personnage de Kashima Nyudo Shinsai, dans la pièce Shibaraku (Un instant !)

Kabuji 2 

 

Kimono (kitsuke) à décor de fleurs et de motifs d’armoiries, du personnage de Murasaki-noue (une des femmes de Genji), dans la pièce Genji Monogatari ( le Dit du Genji) 

 

Manteau court (haori) et kimono (kitsuke) rouge à décor de dragon dans les nuages du personnage de Hige no Ikyu,dans la pièce Sukeroku Yukari no Edo Zakura (Sukeroku et les cerisiers d’Edo)satin de soie, fils d’or et broderies, Japon 1970.

kabuki 

 

Costume de cérémonie masculin aux manches larges (suô) et pantalon (hakama) du personnage de Kamakura Gongoro, Kagemasa, dans la pièce Shibaraku (Un instant !). Chanvre, coton, taffetas et satin de soie damassé, teinture à base de kaki. Japon 1980

Le costume de shibaraku en chantre rouge est très lourd, des assistants vêtus de noir sont sur scène pour manipuler le costume avec l’acteur .

kabuki rouge

Costume de samourai (kamishimo) à décor de flèches dans la

Pièce Ishikiri Kajiwara (L’exploit de Kajiwara). Soie brochée (karaori) et brodée

Japon, années 1930

 kabuki shochiku

Kimono (kitsuke) en papier (kamiko) du personnage de Fujiya Izaemon, dans la pièce Kuruwa Bunsho,   (Lettres d’amour du quartier des plaisirs). 

Le kamiko est en papier, porté par l’acteur. Le thème : le jeune homme tombe amoureux d’une courtisane sa famille n’est pas d’accord,  l’acteur se fait un kimono avec les lettres de la courtisane.

 

Manteau court (haori) et kimono (kitsuke) à décor de pins sous la neige du personnage de Matsuo (Roi des pins),dans la pièce Sugawara Denju Tenarai Kagami (Les Secrets de calligraphie de Sugawara). Satin de soie damassé et broderies. Japon année 1940

 Kabuki 3

 

Les accessoires :


Sabres : du personnage de Nagoya Sanza, dans la pièce Saya-ate (Les Rivaux). Japon, 2005

Fourreau : bois laqué, décor à l’or, peau de requin. Lame : chêne plaqué en étain, soie, ornement en métal.

 

Eventail : Eventail du personnage  Ukyo dans la pièce Migawari zazen (Le remplaçant du zazen). Japon, 2011 Bambou, papier japonais peint, feuille d’or.

 

Ombrelle d’un des cinq personnages principaux, dans la pièce Aoto Zoshi Hana no Nishikie (Cinq hommes sur les vagues blanches), Bambou, papier japonais peint. Japon 2006.


Paires de chaussures (geta) du personnage de Miuraya Agemaki, dans la pièce Sukeroku Yukari no Edo Zakura (Sukeroku et les cerisiers d’Edo), Paille d’Igusa, bois de paulownia laqué, velours. Japon 2008

 Kabuki-5-copie-1.jpg

 

Quelques extraits du catalogue.


Très belle exposition, elle permet de découvrir le théâtre de Kabuki à travers les costumes présentés, leur attribution pour chacun des rôles est indiquée avec précision.Le raffinement, la finesse des broderies  sont au rendez-vous. A ne pas manquer 

A la fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent à Paris jusqu’au 15 juillet

 

 

  

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Published by Tinou - dans Exposition
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