Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 15:23

1861, Jacques-Emile Blanche nait à Paris dans le 16 eme arrondissement. Fils du célèbre docteur Emile-Antoine Blanche, il est élevé à Passy dans une maison ayant appartenue à la Princesse de Lamballe (issue de la branche cadette de la maison de Savoie), l’atmosphère y est particulière dans cette maison du XVIII eme siècle, beaucoup de raffinement, d’élégance, ce  qui va certainement influencé l’artiste dans son art.

 Jacques-Emile à une enfance dorée mais solitaire, son frère Joseph décède en 1868, de ce fait  il devient enfant unique, partagée entre Passy et Dieppe pour les vacances.


Enfant, il  rend  visite aux patients de son père, et, est très proche de sa mère, il assiste  aux soirées de celle-ci, ainsi il côtoie l’élite parisienne que fréquente ses parents on y rencontre  Gounod, Bizet, Halévy, Degas, Manet et bien d’autres……..


1870, Il part à Londres avec sa nourrice, afin d’éviter les bombardements de la guerre franco-allemande. Un coup de foudre pour cette ville, alors qu’il n’a que 9 ans, il y retournera fréquemment avant d’y partager une partie de sa vie.


1874, il entre au lycée Condorcet, son professeur d’anglais est Stéphane Mallarmé et un de ses camarades est Henri Bergson.


1875, Edmond Maitre, qui est son mentor l’emmène dans les ateliers de Manet et de Fantin-Latour.


1879, il visite l’atelier de Monet, et devient collectionneur en achetant "la chaumière" œuvre de l’artiste.


1880, il passe son baccalauréat, après avoir reçu son diplôme il décide de devenir peintre. Il suit les conseils de sa mère, et passe dans l’atelier d’Henri Gervex  (1852-1929) et Fernand Humbert  (1842-1934) peintres  mondains.


 Jacques-Emile Blanche est influencé par les impressionnistes Degas, Renoir et Manet. Il fait ses premiers pas dans le milieu mondain accompagné du Comte Robert de Montesquiou. A cette époque il a déjà une renommée de portraitiste, son style est raffiné.


 Il a de nombreux amis dans le monde artistique, chez les surréalistes et dadaïstes tel que Jean Rigault, Crevel, Cocteau. Il fréquente le Salon de Madame Bizet (qui deviendra madame Straus), salon bien connu du tout Paris littéraire et artistique Paul Bourget, Marcel Proust, Degas, Porto-Riche…..


1882, il débute au Salon des artistes français et participe à tous les salons importants aussi bien à Paris qu’à Londres. Il est rapidement reconnu en tant que portraitiste, il peint aussi bien le tout Paris, le tout Londres, l’élite artistique et l’avant-garde de son époque. Nijinski, Cocteau, Stravinsky, Proust.

1883,une nouvelle rencontre, Oscar Wilde.


1884, l’artiste achète 11 toiles de Manet.


1885, il rencontre Barrès, une amitié s’installe entre les deux hommes, cette amitié est importante dans le développement de Jacques-Emile Blanche.


1892, il peint le portrait de Marcel Proust. Il débute la rédaction de son journal, (il le tiendra jusqu’ ‘à sa mort).


1893, l'artiste présente 11 portraits au salon du Champs de Mars. Décès de son père.


1895, en octobre il épouse Rose Lemoinne, le peintre  Puvis de Chavannes est son témoin.

Le père de Rose est le directeur de la revue « les débats » et membre de l’Institut. La mère de Blanche décède quelques jours après le mariage.


1897, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.


1899, L’affaire Dreyfus oppose Jacques-Emile Blanche (antidreyfusard) à Marcel Proust qui défend l’officier juif injustement condamné. Ils seront brouillés pendant 14 ans.


1900, il est médaille d’or à l’exposition universelle de Paris.

1902, il expose à Berlin.


1910, année de sa  rencontre avec Jean Cocteau, il est séduit par l’intelligence et l’humour de l’homme, c’est le début d’une grande amitié.


1912, Jacques-Emile Blanche est invité à la biennale de Venise, il y réalise des panneaux décoratifs au motif de paravents. C’est la parution de son premier ouvrage " Etudes et portraits". Il assiste à la création de « "l’Après-midi d’un faune ", musique de Debussy sur un poème de Mallarmé, chorégraphie de Nijinski.


1913, année très riche, c’est la parution "du coté de chez Swann ", premier volume "d’A la recherche du temps perdu " oeuvre de Proust, Blanche publie un long article publié dans le journal " L’ Echo  de Paris " en 1914. Stravinsky créé le "Sacre du printemps" au théâtre des Champs Elysées. André Gide, lit à l’artiste, son nouveau livre "les caves du Vatican ". Jacques-Emile rédige son livre "Aymeris" qui paraitra en 1922

 

1914, il expose chez Bernheim-jeune à Paris.  C’est la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France en août.


1915, c’est la parution du premier tome "Des cahiers d’un artiste "  écrit par l’artiste.

1916, Il rencontre François Mauriac, il va poser deux fois pour l’artiste en 1917 et 1926.

1919, Essai de " David à Degas", préfacé par Marcel Proust.

1922, décès de Marcel Proust.


1923, Jacques-Emile Blanche est à l’initiative de l’ouverture d’une salle à son nom au musée des beaux arts de  Rouen  (aujourd’hui plus 150 œuvres de l’artiste, provenant de ses donations en 1922-23-24, donation qu’il complétera plus tard en 1925-30-31-32), ainsi que des œuvres de Forain, Sickert et Sargent


1935, il est élu à l’Institut. Avec son épouse Rose, il se partage entre Paris, Londres, Offranville.

Jacques-Emile Blanche décède à Offranville en 1942.

 

L’artiste apprécie l’avant-garde mais reste dans son style de peinture figurative et traditionnelle jusqu’à la fin de sa vie. Il  évolue  entre la peinture (environ 1500 portraits), son rôle de critique et la littérature,  il a écrit une quarantaine d’ouvrages , il est également très bon musicien.

Jacques-Emile Blanche devient l’un des piliers de la haute société dès la fin du XIX eme siècle, il tient salon à Paris, à Dieppe, il incarne la belle époque, il est le portraitiste du milieu artistique et intellectuel , il a le don de cerner la personnalité de ses modèles qu’ il met en scène et a recréer une  atmosphère de salon.

 

L’exposition se consacre sur la période faste de l’artiste avant 1918.

Environ 70 toiles

  

Jacques-Emile Blanche était tellement lui-même " Du coté de chez Swann " qu’en sortant du chapitre du livre, je croyais entrer rue du docteur Blanche, dans une suite vivante de l’œuvre ……….

Mauriac, admire chez son ami Jacques-Emile Blanche, le talent de créer autour de lui une atmosphère qui fut celle de son époque.

"Jacques-Emile Blanche a vécu dans le monde de Proust", dit Mauriac.

"D’un salon, l’autre la peinture de Blanche raconte un temps perdu qui croise l’œuvre de Proust et l’illustre en partie. Il peint les roses, les ruchés que Madame Swann fixait à son corsage", écrit Colette……

 

L’atmosphère du salon "Belle Epoque" est recréée dans ce magnifique hôtel particulier de la Fondation Pierre Bergé- Yves Saint-Laurent, une petite salle circulaire, quelques portraits de personnalités de l’époque semblent observer le visiteur.

Nous y rencontrons :


Madame Henri Wallet, " Portrait de femme "  pastel daté de 1887, Jacques-Emile Blanche, a été inspiré par Degas et Manet.

 

blanche mme wallet

 

"Portrait de Paul Baignières " daté de 1894,  dessinateur et peintre, il a étudié aussi avec Gervex,  il a peint le portrait de Proust.  

" Portrait de Maurice Barrès ", politicien, huile sur toile de  1891


blanche bares

 

"Portrait de Marcel Proust", huile sur toile 1892

 

marcel proust portrait emile blanche

 

"Portrait du Comte Robert de Montesquiou", huile sur toile 1889, écrivain et poète  dans la lignée du Parnasse, auteur "des hortensias bleus ", "Des chauves-souris ", ce fut un célèbre dandy.( Le Baron Charlus dans l’œuvre de Proust) .

 

blanche montesquiou

 

"Portrait de Pierre Louÿs", poète et romancier, ami d’enfance de Gide avec qui il est allé à l’école alsacienne fin des années 1880. Huile sur toile 1893. 


"Marguerite de Saint-Marceau" pastel de 1880, Aime les salons les plus courus de Paris de 1879 à 1914, elle a inspirée Proust dans plusieurs modèles (Madame Verdurin entre autre), elle est auteur d’un journal, et organisatrice de  salons musicaux.


 

"Les myosotis de l’hôtel Blanche à Auteuil"

"Portrait de Stravinsky" en 1915, il transporte dans sa musique le ton pur

"Rafael de Ochoa y Madrazo" huile sur toile, peintre et illustrateur espagnol.


Dans la seconde salle, deux bancs au centre entourés de deux immenses  plantes,  cela donne l’impression d’être dans un jardin, un fond sonore est diffusé, et la galerie de portraits.............


"Portrait d’Edmond Maitre", artiste et homme de lettres bordelais, invité régulier du salon du Docteur Blanche à Passy. 


"Portrait de Mery Laurent dans les jardins d’Auteuil" 1893, elle a inspiré artistes et poètes,  muse de Manet et de Mallarmé, amie de Proust (dans l’œuvre de celui-ci elle fut Madame de Crécy).


"Portrait de Louise Baignières" 1887, elle aurait inspirée les Swann, elle était fiancée à Lyautey à l’époque du tableau. 


"Profil de la comtesse de Castiglione" 1914, aristocrate italienne,  figure de la belle époque, Jacques-Emile Blanche se souvient dans une lettre à Proust comme d’une mystérieuse florentine. 


Une étude pour "le portrait de Mallarmé et de ses amis de la revue indépendante" 1889


"Portrait de Rodin" huile sur toile 1904, Emile Blanche possédait une collection de bronzes de l’artiste, ils ont des amis communs Puvis de Chavannes, Whistler, Gervex.


"Portrait de Ludovic Halevy avec Florence" 1903, auteur dramatique, librettiste d’opéras et d’opérettes et romancier,  cette famille est proche de la famille Blanche, ils incarnent l’intelligencia la plus respectée, ils auraient inspiré Marcel Proust dans la famille Guermantes.

"Un portrait d’Edgard Degas" 1902, il était ami avec la mère de Jacques-Emile Blanche.


"Un portrait de Claude Debussy" en 1905, il fit deux portraits de l’artiste, le compositeur est au faite de sa carrière à l’époque ou Blanche peint son portrait, il vient d’écrire Pelleas et Mélisande, drame musical que Proust aimait tant (cette œuvre fut citée plusieurs fois dans Sodome et Gomorrhe).

 

blanche debussy

 

"Portrait de Sir Coleridge Kennard sur le sofa", il ne souhaitait pas être identifié lorsque Jacques-Emile Blanche le présenta dans son exposition en 1926, le portrait fut présenté sous le nom de Dorian Gray fils de Madame Carew amie d’Oscar Wilde. Portrait daté de 1904.


"Léontine Bordes-Perie", pastel daté 1880-90, pianiste remarquable. La musique joue un rôle important dans la vie d’Emile Blanche,( lui-même pianiste chevronné).

"Le boudoir bleu" huile sur toile 1905

 

blanche salon bleu

 

"Lucie Esnault", fille du serrurier d’Auteuil, un des modèles favoris de Blanche, mise en scène costumée comme Jacques-Emile l’affectionne, il veut créer une atmosphère, le ton d’une époque.


"Portrait de George Moore" 1890 romancier, poète auteur dramatique ; Jacques-Emile Blanche a dit : "Moore et Seckert sont les points cardinaux de sa vie ", cet irlandais voulait être peintre.

 

De  grands chandeliers à l’entrée de la salle suivante, de nombreux dessins au crayon sur papier, quelques photographies…………….


Un dessin représentant "Marcel Proust" et une lettre de celui-ci.

D’autres dessins d’Emile Blanche :

"Ma main", "Moi  par moi" ; "portrait de l’artiste et de sa mère".

"Portrait de Rose" à la sanguine en 1899

Une photographie de la famille Blanche avec Rose Lemoinne dans l’atelier d’Auteuil"

Des dessins de l’artiste : "Trixy", sa petite chienne, " Walter sickert", "Rose à  Saint-Martin-aux-chartrains".

"Degas entre Ludovic et Daniel Halevy chez les Halevy à Marnes" photo dédicacée.

Un dessin, représentant  " Ernest Renan"

Quelques photographies :

"Jacques-Emile Blanche et Cocteau", une de "Tamara Karsavina" ; "d’Ida Rubinstein dans l’atelier d’Emile Blanche à Auteuil", "Blanche dans son atelier".

Un dessin présente "Pouponne"  (Wanda Zielinska) un autre montre "Lucie Esnault lisant", et "les sœurs de Clarke".


Le grand salon, au centre une cloison sépare la pièce, dans la première partie :  quelques fauteuils en velours rouges, on peu s’y attarder pour admirer les œuvres accrochées dont quelques unes réservées aux ballets russes..........

On tient de me prendre pour un portraitiste aimable, on verra plus tard, un hasard rassemble mes portraits d’hommes. Terrible époque pour les artistes comme vous.

La belle époque n’est pas longtemps pour les portraitistes réalistes comme Jacques-Emile Blanche. La photographie s’impose et les condamnes……………


Une esquisse pour "les danses Polovtsiennes" d’Alexandre Borodine.

Un portrait du célèbre danseur des ballets russes "Nijinski "1911


blanche nijinski

 

"Portrait de Tamara Karsevina", danseuse russe, présentée  dans l’oiseau de feu, elle est devant le paravent de Coromendel (il s’agit d’une laque chinoise utilisée sur certains objets et paravent au XVIII eme siècle) le portrait est daté de 1912. Jacques-Emile Blanche est le parrain des ballets russes

 

blanche karvasina oiseau

 

Etude pour le "portrait d’Henry Bernstein" 1908, dramaturge à la mode, c’est un mondain, ami des princes Bibesco. En 1911 il donne sa  pièce Après-moi,   à la Comédie Française.

 

Sur un chevalet, un portrait de "Stravinsky" daté de 1913

 

blanche stravinsky

 

"Un portrait de Lucie devant la psyché, châle rouge" 1897, C’est Lucie Esnault jeune fille.


"Rose Blanche  allongée", amie d’enfance et épouse de Jacques-Emile,  ils se retrouvaient pendant les vacances à Dieppe, fille de John Lemoinne directeur du journal "les débats ".


Une étude pour un portrait de "Jean Cocteau" 1912, Il rencontre Cocteau en 1910, ils deviennent amis très proches.


Un portrait "d’André Gide", daté de 1912, épanouissement intellectuel du peintre, il eu une grande correspondance avec Gide qui à cette époque rédige " les caves du Vatican "

 

blanche-gide-copie-1.jpg 

 

Etude pour le "Portrait d’Anne de Noailles" 1912, Elle est née princesse Bibesco et fut poétesse.


Etude pour le "Portrait de Francis Jammes"  1917, écrivain impressionniste, Proust l’admire beaucoup, louant sa sincérité et sa clairvoyance du regard dira t’il.


Etude pour le "Portrait d’Henry Bergson"  daté de 1911, Le philosophe le plus célèbre de son temps.

Etude pour le portrait de la "Comtesse Bavarska" 1914.


Dans la seconde partie du salon, un canapé de velours rouge, un guéridon et deux petites tables ou sont posés des chandeliers.


"Une représentation du salon rose", salon de musique de l’artiste à Offranville, oeuvre  datée de 1911


Etude pour le portrait de la "Princesse de Polignac" 1913 (née Winnaretta Singer, le fabricant de machines à coudre du même nom).


Portrait du "Prince Philippe de Caraman-Chimay" 1914

"Portrait de Paul Claudel", 1919, Emile Blanche raconte Claudel, il fait parti de l’imaginaire de l’artiste. Il est Fonctionnaire, redingote, dictionnaire…… 


"Portrait de Paul Boncour en officier" daté de 1916, il a occupé plusieurs postes ministériels.  

 

Etude du "Portrait de Mérimée" 1923, il le rencontre en 1915, fait trois portraits,

"Un autoportrait de l’artiste", il s’agit d’une esquisse 1918.


"Bérénice" (il s’agit de Désirée Manfred à la robe d’argent), robe de soirée pour l’héroïne du Jardin de Bérénice de Barrès en 1905 et muse de Jacques-Emile Blanche.


"Désirée Manfred au bureau en laque de Camomille" ( prend la couleur de la camomille avec le temps).


"Présentation du salon jaune, au manoir d’Offranville" 1904


En face du canapé en velours rouge, une cheminée, un buste d’Emile Blanche, de Michel Malherbe en bronze y est posé entre deux magnifiques cratères, chaque coté de la cheminée deux fauteuils rouges en velours, un paravent, proche de la cheminée une robe sur un mannequin , elle est en velours noir  quelques camélias blancs autour du décolleté.


"Un portrait de Félicien Cacan" en 1915 assistant d’Emile Blanche

"Maréchal Foch" en 1920, il avait une vie mondaine au sein des milieux artistiques.


  Jacques-Emile Blanche écrivit en 1921 : " D’ici cinquante ans, on verra dans les musées les portraits que j’aurai peints, de tant de littérateurs, mes amis ; et de l’auteur de ces portraits, il n’y aura trace dans aucun livre de son époque.  Je suis peut-être le seul artiste de mon âge, dont il n’existe pas la moindre monographie et que le Larousse ignore………. "

Quelques extraits du catalogue de l’exposition.

 

Cette magnifique exposition montre au visiteur le raffinement de ce grand portraitiste de la fin du XIX eme siècle. Jacques-Emile Blanche,  à travers ses portraits a immortalisé l’élite de son époque et nous transporte dans l’ univers de la "Belle Epoque".

 A ne pas manquer à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent à Paris jusqu’au 27 janvier 2013

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Tinou - dans Exposition
commenter cet article

commentaires